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Publié le 02 02 2015 | par Quentin Müller

Descartes et les attaquants

L’attaquant est certainement le joueur le plus exposé au doute, au hasard, à la pression de l’enchainement juste. Plus que le gardien, le défenseur ou le milieu, il doit voir et agir plus vite. Et bien souvent il est rattrapé par les limites physiques du réel. Son esprit prend alors le pas sur ses jambes. Un problème que Descartes avait ciblé bien avant les malheurs d’un Guivarc’h ou d’un Torres. 

 

Avant de délibérer foot, il convient juste de rappeler, ce que René Descartes veut entend par entendement et volonté. Tout simplement, l’entendement d’un Jean-Christophe Bahebeck, c’est sa faculté à comprendre les consignes d’un Laurent Blanc. Et sa volonté, c’est son hallucinante ambition de planter plus de 15 buts avec Valenciennes lors de la saison 2013-2014. On dit alors que son entendement est fini, car limité, et sa volonté infinie, car illimité. En gros, un joueur peut ambitionner à hauteur de son melon mais ne peut faire plus que ce que son entendement lui permet. Qui n’a pas en tête l’exemple du brésilien André, prêté à Bordeaux en 2011 par le Dynamo Kiev. A son arrivée chez les Girondins, l’attaquant avait déclaré se sentir capable de facturer 40 buts sur la saison. En seulement 8 matchs joués, il n’en marquera aucun. Le cas André illustre bien le déséquilibre flagrant entre l’entendement fini et la volonté infinie. C’est l’omnipotence de la volonté qui fait qu’aujourd’hui un attaquant peut devenir cet individu furieusement ambitieux et au final follement marrant.

 

 Ben arfa et Ménez les saints

Si René était journaliste sportif, il est fort à parier qu’il n’aurait pas la critique facile. Tout simplement parce que le philosophe et mathématicien français part du principe qu’une prise de décision dans la précipitation ne se juge pas sur son contenu mais sur l’affirmation et l’assurance qu’on y met. Ainsi, un attaquant qui tenterait un geste acrobatique ou une reprise de volée, du moment qu’il y mettrait de la volonté, ne serait pas à blâmer. Car pour Descartes, dans une situation qui exigerait de prendre rapidement une décision, un mauvais choix est pardonnable. L’attaquant égoïste qui doit rapidement choisir entre la passe en retrait pour son pote ou la frappe en force angle fermée, du moment qu’il prend une décision rapide et s’y attèle avec fermeté, n’est pas critiquable. Et ce, même si son choix s’avère égoïste. Un truc à faire passer un Ben arfa ou un Ménez pour de gentils saints. Dans 90 % des situations de jeu, l’attaquant n’a pas le temps de réfléchir. Il est constamment forcé de décider sans savoir. C’est dans une telle situation que la volonté infinie prend le pas sur l’entendement et donc la raison. Le fameux geste exceptionnel de Dennis Bergkamp contre le défenseur de Newcastle est un exemple type. Quand le magicien néerlandais réceptionne la passe puissante de Pirès dans la surface, sa volonté lui dicte de tenter ce geste techniquement fou. A ce moment précis, Denis n’a clairement pas le temps de se concerter et de peser le pour et le contre. Un geste à l’issue incertaine et finie mais à la créativité et au génie infini. Quand l’entendement ne peut être utile dans certaines situations, c’est la volonté qui prend le pas et dicte l’action. Elle est là la routine des grands joueurs.

 

Génie et volonté

L’entendement ça se bosse, se travaille. Même le moins futé des joueurs fait usage de son entendement pour comprendre une consigne ou le conseille d’un de ses coéquipiers. Tout le contraire de la volonté qui ne s’apprend pas. Elle est totalement subjective et propre à un seul et même joueur. Il est clair que la volonté de Benjamin Moukandjo n’a pas un seul iota de ressemblance avec celle de Cristiano Ronaldo. Tout simplement parce que dans les deux cas, on a clairement un type dont la volonté est infiniment limitée. Tout le contraire du second qui lui en déborde. Pour Kant, le génie ignore l’extraordinaire de son geste et se fout du protocole. Il est prisonnier d’un entendement fini différent et d’une volonté infinie particulièrement acerbe à la différence du joueur lambda dont l’écart entre son entendement et sa volonté est infime. Selon lui, le joueur prodigieux possède une source d’inspiration si unique qu’elle lui échappe. Il peut ainsi choquer l’ordre établi, enfreindre le protocole, l’ordinaire et parfois aller à l’encontre de celui qui s’efforcera de le dompter. C’est par exemple le cas d’un Vanden Borre, qui, pour son unique match de Coupe du Monde, alors que la Belgique menait au score contre la Corée du Sud, se permet de faire l’équilibriste sur le ballon. Un geste qui lui valut une flopée de réactions au pays des Aventures de Tintin. Demandez à Kant ou à Descartes pourquoi un Cassano ou un Anelka n’ont jamais eu la carrière qu’ils méritaient. Ils vous répondront surement en supposant un surplus de volonté. En tout cas, y’a bien qu’en philosophie que Nicolas Anelka en à revendre.

 

Quentin Müller.

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A propos de l'auteur


Rédacteur en chef d'Onlyfootball.fr. Numéro 8 bourrin, amateur de belles sacoches et accessoirement de petites brunettes bretonnes aux yeux marrons.



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