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Publié le 25 01 2014 | par Quentin Müller

Du football à l’hippisme

Autre fois sport du peuple, le football Anglais est devenu aujourd’hui une incroyable machine à fric où la classe populaire en est de plus en plus exclue. Un football dont beaucoup ne reconnaissent plus les travées et dont on se détourne. La classe moyenne et la classe supérieure ont repris le relai, laissant parfois la classe populaire à ses occupations de « low class. » Si certains ont décidé de créer leur propre club (le cas de United FC ndlr), d’autres se sont orientés vers d’autres horizons, bien moins éloignés des réalités de leurs situations précaires. Du football à la ferraille, du football à la passion hippique, les mœurs outre-Manche changent. Focus.

 

 

Quand on sait que qu’une place pour un match de Premier League coute en moyenne 70 livres, on se dit que le phénomène est on ne peut plus logique. C’est ainsi que le gouvernement Anglais, impulsé par la mère Thatcher, qui avait fait de la lutte contre le hooliganisme un enjeu majeur, a progressivement éjecté la classe ouvrière des stades. Destituant ainsi le football Rosbif de son âme.

 

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Conner et Shaun

Ferrailleur boys

Nous sommes dans le Yorkshire. Conner et Shaun, joggings gris tachés, nike trouées et capuches sur la tête, déambulent dans Leeds, une banlieue de Manchester. A leur trousse, un épais cheval de trait à la crinière grasse et à la démarche lente. Il tire une carriole rafistolée. L’étonnante caravane n’alerte curieusement personne. Pas même les quelques enfants qui passent. Il faut dire que les ferrailleurs du Yorkshire font légion depuis un petit moment. De l’aube à la tombée de la nuit, ces jeunes arpentent les rues à la recherche de métaux qu’ils revendent aux plus offrants. Après avoir essayé une vieille camionnette ou encore un cadi pourri, Conner et Shaun ont préféré opter pour le cheval : « Pas d’essence, pas d’assurance, pas d’entretien. Ce qu’il nous faut pour porter la ferraille. » Le raisonnement est simplet et économ’ mais cache également la tendresse et l’humanité du choix de l’animal plutôt que de la machine. Sous leurs capuches, leurs frêles carcasses de petits voyous et leur dialecte de banlieusards, Conner et Shaun, comme 100% des ferrailleurs, ont fui une école élitiste, une famille absente ou un milieu violent pour se consacrer à cette activité. Même si ça crache, ça lance des « Fock » à tout va, les deux garçons possèdent leur sensibilité. La bête est un ami, un complice, parfois même le confident et le psy d’une vie dure. Où il faut bien « payer le loyer, l’électricité ou le gaz… » sans pour autant penser à une nouvelle paire de pompe ou à une place au stade. « Tout le monde est ferrailleur par ici. C’est notre sport national. […] Si on est malin, on peut se faire 300 livres par jour », note Shaun.

 

 

 

 

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Outsiders du système

David Cameron leur fait la guerre

C’est ainsi qu’il n’est plus rare de croiser ce genre de convois qui renvoient le paysage à quelques centaines d’années où on brûlait encore les sorcières et torturait les hérétiques. Même si ces fantômes ne sont pas en illégalité : « attention, on ne vole pas, on s’en prend pas aux voies ferrées comme dans les films », les municipalités ont décidé d’enrayer quand même le phénomène afin de préserver le paysage de toutes ces grandes bêtes brouteuses de gazons impec’ et de parterres soignés. Cela donc pour « donner une meilleure image et préserver l’ordre public […] Dans les villes voisines, on n’en voit quasiment plus, les gens peuvent perdre leurs allocations s’ils ont des écuries chez eux. A Holme Wood, on est pas près d’écouter. On a la tête dure. Qui va nous dire comment nous devons vivre chez nous ! », prévient un habitant du quartier.

 

Car oui, depuis la naissance du phénomène, les écuries de fortunes ont explosé. Donnant parfois à certaines agglomérations de véritables looks, aussi pittoresques que ruraux. Pour le gouvernement Anglais, qui voit ça comme un fléau, et ces jeunes ferrailleurs, comme les news pirates du XXIe siècle, il y a urgence. C’est pourquoi aujourd’hui il n’hésite pas à sanctionner d’une manière ou d’une autre pour stopper court au problème.

 

 

Sujets d’un film  

Oubliées des campagnes électorales, des mesures politiques, et des succès footballistiques, des villes comme Leeds, Bradford ou Sheffield paraissent complètement oubliées du reste du monde, et du reste de l’Angleterre. Briquées et grises des vestiges de la période dorée industrielle, ces villes puent la misère, les allocs’, les petites boulots sans lendemain et surtout l’économie souterraine dont beaucoup de jeunes de ces quartiers sont tributaires. Vous l’avez compris, ceux qui ne dealent pas, choisissent le fer à cheval et la ferraille, à l’aiguille et à la poudre. Des jeunes qui gagnent leur pain plus ou moins légalement et qui prennent de l’assurance en faisant preuve de malice, de flair, de négociation et parfois même de génie. Des garçons à cheval, des cavaliers du XXIe siècle qui se foutent de la fringue, haïssent la drogue, et emmerdent gentiment le gouvernement par leur autonomie et leur liberté volante.

 

Une nouvelle jeunesse Anglaise, plus intéressante que celle qui fait la fête, surconsomme et interagit sur les réseaux sociaux. Si quelques sociologues se sont déjà penchés sur le phénomène horse, des caméras ont débarqué dans ces zones sensibles. Une première depuis bien des années. Clio Bernard en a même réalisé un film, « Le Géant égoïste », sorti en salle le 18 décembre denier. Lui a vécu le tournage et ressenti ses personnages (non-fictifs), comme des « enfants gardant le cap de l’amitié, de l’amour, de la loyauté, dans un monde d’adultes qui a perdu les pédales. » Le tournage a bien évidemment provoqué un attroupement de curieux dont le réalisateur s’inspira forcément. Mais un retenut plus particulièrement son attention. On le surnomme « Matty ». Un grand gaillard en sweat à capuche gris qui monte un cheval atypique, à la toge de course floquée d’un numéro 8, qui apparaît et disparaît aussi vite à dos de son quadrupède qu’il chérit tant.

 

La gamin sera la source d’inspiration de son film. « Il rodait autour du tournage, il arrivait à cheval, venait donner un coup de main et disparaissait aussi vite. Son attitude m’a marquée : libre et fier, en marge de la société comme des cannons de la jeunesse. Il ne s’intéressait pas aux fringues et détestait les drogues. Un outsider parmi les outsiders, qui tenait viscéralement à son indépendance », raconte, non sans émotion, Clio.

 

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Le PMU du pauvre

Course de chevaux sur une autoroute

Dans ces banlieues, le football y a évidemment perdu son trône. Après la salle besogne, les jeunes de ces berceaux industriels morts préfèrent s’adonner à des paris sur les courses de chevaux. Parfois les leur, ou ceux d’un ami, d’une connaissance. C’est le « Road Race », autrefois réservé aux gens du voyage ou à ces roux d’Irlandais. « Mais chez moi tout le monde veut s’y mettre. C’est excitant, et il y a de l’argent à gagner. Selon les paris, ça peut aller jusqu’à 500 livres la course », souffle Shaune. On organise ces courses clandestines sur autoroute (!) quand le soleil ne s’est pas encore remis des festivités de la veille. Un cortège de vieilles caisses escorte alors le spectacle pour bloquer la police ou de simples curieux non conviés. On y gagne, s’y distrait, avant de regagner les chaumières et les écuries de fortunes pour une nouvelle journée de boulot.

 

Le destin de ces jeunes oubliés prend donc le chemin de l’hippisme. Une passion populaire, clandestine, et qui pourrait bien attirer bientôt la classe moyenne et la classe riche. Histoire de délocaliser une nouvelle fois la passion du peuple vers d’autres horizons.

 

 

Q.M.

 

Crédit interview : Télérama 3332 04/12/13



A propos de l'auteur


Rédacteur en chef d'Onlyfootball.fr. Numéro 8 bourrin, amateur de belles sacoches et accessoirement de petites brunettes bretonnes aux yeux marrons.



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