ZOOM murati

Publié le 24 12 2013 | par Mathias Mondo

La belle histoire de Murati

On ne va pas se mentir, quand on évoque le football albanais, on pense immédiatement à ce bon vieux Lorik Cana et à toutes ces pépites aux patronymes marrants qui ambiancent la sélection helvétique. Mais bien avant le fougueux milieu-défenseur albano-franco-suisso-kosovar, un joueur originaire du « Pays des Aigles » a porté la tunique parisienne durant une étape de son parcours rocambolesque. Retour sur la belle histoire d’Edvin Murati.

 

+ La fiche d’Edvin Murati
Edvin Murati

Né le 12 novembre 1975 à Tirana (Albanie)

International Albanais (42 sélections-4 buts).

Clubs

Milieu de terrain

1989-1990 : Partizan Tirana

1990-2000 : PSG (17 matchs-0 but)

1995-1996 prêt → Châteauroux : (31 matchs 0 but)

1996-1997 prêt → Saint-Brieuc

1998-1999 prêt → Fortuna Dusseldorf : (19 matchs 0 but)

2000-2002 : Lille OSC (35 matchs- 1 but)

2002-2006 : Iraklis Thessalonique (35 matchs- 1 but)

2006-2007 : Panserraikos FC

Palmarès

Néant

Edvin voit le jour un 12 novembre 1975 à Tirana en pleine dictature communiste. Autant le préciser tout de suite, si l’Albanie n’a toujours pas l’image d’une destination Club Med aujourd’hui, le régime stalinien de l’époque est l’un de plus sévères du coin avec plus 8 000 condamnés à mort pour une population d’un million d’habitant après la guerre. Un sacré ratio ! Mais le père Murati étant le pâtissier du leader communiste d’alors, Edvin et sa famille ne sont pas plus concernés que ça par ce qui se déroule quotidiennement dans ce petit pays des Balkans. Le gamin se met donc à taper dans la balle et démontre rapidement de jolies dispositions techniques qui ne manqueront pas d’attirer l’attention de l’un des principaux clubs du coin, le Partizan Tirana. Cette équipe immanquablement marquée d’une étoile rouge lui propose alors d’intégrer son équipe de jeunes, ce que Murati accepte, non sans songer à s’envoler très rapidement vers d’autres cieux.

 

partizani-tirana-logo

Un club qui fleure bon le communisme

Un clandestin à Paris
On est en 1990, comme partout à l’Est, ça commence à sentir le roussi pour le pouvoir en place à Tirana. Edvin n’a pas encore 15 ans mais s’apprête à prendre une décision qui changera sa vie. Alors que l’équipe première du Partizan doit disputer un match de coupe d’Europe à Rotterdam, le junior demande à effectuer le déplacement avec les grands avec une idée bien précise en tête : dès que l’occasion se présentera il s’échappera pour aller rejoindre son frère à Paris. Requête acceptée, il prend la route avec son équipe direction les Pays-Bas pour ce qui devait être une simple rencontre de football. Arrivé à Rotterdam, il parvient à prendre la poudre d’escampette et entre illégalement en Allemagne caché au fond du coffre d’une voiture. Son périple à travers les forêts le mène finalement à Paris où son frère aîné l’accueille à bras ouverts. Là-bas, Murati entend bien réaliser son rêve de devenir footballeur pro, et ce, malgré sa situation délicate de sans-papier. A peine le temps de s’acclimater à la vie parisienne qu’il se voit offrir un essai avec les moins de 17 du PSG. Mort de faim sur le terrain et doté d’une belle technique balle au pied, le jeune Edvin parvient à convaincre le club de l’intégrer à son centre de formation. Denisot est conquis, Murati côtoiera notamment Nicolas Anelka, pas vraiment la même trajectoire. Le PSG s’impliquera alors au-delà du football en aidant son pensionnaire albanais dans ses démarches pour obtenir le statut de réfugié politique en 1993. Sur le terrain, tout se déroule sans encombre, il est prêté successivement à Châteauroux où il réalise une saison pleine, à Saint-Brieuc puis à Dusseldorf pour se faire les dents dans des championnats de niveau inférieur. Mais perturbé par le conflit qui éclate au Kosovo, il ne brillera pas durant cette seconde expérience allemande. C’est en 1999 qu’il intègre réellement l’équipe première parisienne sous les ordres de Philippe Bergeroo. C’est aussi à cette époque qu’il intègre la sélection albanaise, lui le fugitif qui, entre-temps s’était vu accorder la nationalité française.

 

Star en Albanie, quelconque en club

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Murati sous le maillot parisien

Après seize apparitions sous le maillot du Paris Saint-Germain, celui qui se fait également appeler Edwin file chez le promu lillois de coach Vahid. Dans le Nord, le milieu de poche albanais ne brillera guère plus que dans la capitale mais parviendra à devenir incontournable en sélection. Vahid le Bosnien lui reproche alors ses allers-retours pour rejoindre son équipe nationale et finira par hausser le ton après une blessure contractée par son « protégé » sous la tunique albanaise. Murati s’en fout, lui ce qui le fait kiffer c’est faire vibrer Tirana. Envoyé dans le championnat grec après deux saisons au LOSC, il deviendra ainsi le héros de toute une nation en inscrivant le but décisif dans la victoire historique des Rouges et Noirs contre l’ennemi juré, la Grèce, tout juste sacrée championne d’Europe en 2004. « C’est le seul but que j’ai jamais inscrit de la tête, et en plus j’évoluais en Grèce à l’époque ! », déclare-t-il aujourd’hui près de dix ans après l’exploit de Tirana. La suite de sa carrière le verra évoluer à un niveau honnête à l’Iraklis Thessalonique avant une dernière pige en D2 grecque au Panserraikos où il mettra un terme à sa vie de footballeur après une rupture des ligaments croisés en 2007. Retraité international un an avant, il fut porté en triomphe par tout un peuple lors de sa 42e et ultime sélection. Mais si la page football s’est tournée sur une dernière expérience en Grèce, Edvin n’en reste pas moins attaché à son pays natal et il le démontre désormais dans sa nouvelle vie.

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Edvin en mode Docteur Alban

De sans-papier à diplomate
Aujourd’hui polyglotte (il parle albanais, français, allemand, italien, anglais et grec), le Franco-albanais a décidé de ne pas choisir entre ses deux pays de cœur. Installé en France, il s’est lancé dans une toute nouvelle aventure afin de voir se rapprocher deux patries qu’il aime tant. « Vu les relations que j’avais gardées en France, on s’est dit, avec l’ambassadeur, pourquoi ne pas travailler avec des entreprises françaises pour les amener en Albanie », relate l’ancien footeux. Aujourd’hui conseiller économique, il a pour mission de convaincre les entreprises françaises d’investir en Albanie, territoire où tout reste à faire, et dont l’image n’est guère reluisante dans sa deuxième patrie comme il le résume si bien : « il faut donner une autre image du pays. Les livres d’histoire ne sont pas à jour, ils sont toujours arriérés. » La Société Générale s’est ainsi intéressée au football albanais et a diffusé un spot mettant évidemment en scène le désormais célèbre Murati.

 

 

Mathias Mondo.


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A propos de l'auteur


Rédacteur pour Onlyfootball.fr, Why always me?



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