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Publié le 11 12 2013 | par Quentin Müller

Philosophie et football : le bouc-émissaire vu par Schopenhauer

Au foot, il y a toujours un bouc-émissaire. D’une finale de Ligue des Champions à un foot entre potes le dimanche, le bouc-émissaire est partout. C’est le boulet qui nique le labeur d’une équipe. Ce type qui ne sue pas et qui ne cesse de mettre les mains sur les hanches à chaque perte de balle. Bref, le type suffisant, avec une tendance à la mèche qui tombe, et que ce dernier remet en place en se relevant. Mais plus qu’un phénomène sportif, le bouc-émissaire se décline un peu partout. En politique, où le FN ne cesse de taper sur les Roms, dans l’art où l’excellent Glen Baxter exprime sa haine du tofu ou encore dans le rap game où LIM déclare vouloir « niquer la pute de la république. » Tout cela a forcément une explication philosophique. Arthur Schopenhauer (1788-1860), adepte de belles putains, amoureux de son caniche, à qui il lui léguera d’ailleurs sa grande fortune, explique la tendance au bouc-émissaire par la réfutation de l’eudémonisme (le fait de vivre pour être heureux). 

 

Avant de passer sur l’eudémonisme, il convient d’aborder la plus grande thèse philosophique de l’intellectuel Allemand. Votre prof de terminale ne vous a t-il jamais parlé de la Volonté avec un grand V ? La Volonté c’est ce qui rend impossible la liberté et notre libre arbitre. Une puissance aveugle, dépourvue de raison qui pousse un Homme à désirer sans fin. Car au fond, quand on désire, nous sommes animés constamment par un manque insatiable. Avant d’obtenir l’objet de mes désirs, j’éprouve un manque. Et une fois le désir assouvi, le laps de temps de ma satisfaction est faible, puis revient derechef le désir porté sur une nouvelle chose. Finalement le désir conditionne nos vies et nous fait vivre, mouvoir. Tout est ainsi organisé, parfois inconsciemment, dans la quête interminable de nos désirs. C’est ça la Volonté. Schopenhauer, un poil pessimiste (doux euphémisme), ne voit donc pas d’issue à notre existence. La Volonté est partout, dans tous nos faits et gestes. C’est une force interne difficilement observable et qu’on ne peut amputer de notre être. Le Vouloir c’est ce que l’on croit être Dieu dans l’innocence de notre théodicée. Le Vouloir c’est ce qui fait que j’aime le foot, que je préfère les nanas avec de belles formes, ou les dogues français aux caniches, la viande rouge au tofu… Car au fond, tout ce que nous voulons, nous tentons de l’avoir dans l’absolu. Et c’est notre vie tout entière qui s’attache à réaliser sans cesse cela. La Volonté prime sur la conscience et sur notre pensée. Elle se meut dans notre inconscient seulement. Il est Zwecklos (sans fin) et grundlos (sans raison). Mais le Vouloir se traduit aussi dans la balle qui va en pleine lucarne, dans le filet qui tremble, et même dans le projectile qui tombe sur la pelouse. Car au fond, la chose a toujours la Volonté de revenir à sa composition naturelle. C’est elle qui fait ainsi tomber la pierre au sol, fait voler un oiseau, fait sauter une sauterelle et rend un attaquant accro à la stat.

 

Pessimisme et bouc-émissaire

A partir de là, il est aisé de penser que nous sommes finalement emprisonnés par ce cercle vicieux et infini dont nous ne pouvons échapper. Le plaisir est éphémère et la douleur toujours présente. D’ailleurs Schopenhauer considère que l’Homme est né… pour souffrir. Il botte ainsi le cul des fleurs bleues qui penseraient que l’être humain vit pour le bonheur. Selon Schopenhauer, notre vie sur Terre est destinée à la souffrance et c’est l’illusion de la Volonté qui nous permet de ne pas prendre conscience de l’enfer dans lequel nous vivons. Nous portons en nous le mal et nous en sommes même la source. La souffrance devient le sens de notre vie. Dupé par la maline Volonté qui nous dissimulerait la réelle nature du mal, nous rapportons nos maux à une cause externe ; le bouc-émissaire. Et comme nous acceptons difficilement que le mal soit constitutif de notre vie, en pensant que notre individualité est unique, libre, nous considérons que le mal ne vient aucunement de notre personne. Mais en réalité notre individualité n’aurait rien d’exceptionnel selon Arthur. Nous sommes ce même être, qui, il y a des milliers d’années, peignait dans les grottes et tirait son coup en peaux de bêtes. La Volonté me cache que je suis, au final, qu’une répétition du même depuis un bon nombre d’années. C’est pourquoi, quand la douleur et le mal se présentent à lui, sans qu’il puisse l’expliquer, l’Homme se réfère très souvent à un bouc-émissaire.

 

Bouc-émissaire et football

Une fois la raison d’être du bouc-émissaire éclaircie, l’on ne peut résister à la délicieuse tentation se regarder en arrière et remuer toute la merde footballistique qui peuple douloureusement nos souvenirs. Premier exemple traumatisant pour tout Français ayant porté du « LC Waikiki« , David Ginola. Considéré comme un « criminel » par Gérard Houiller pour ne pas avoir renié sa nature de footballeur en choisissant de (mal) centrer au lieu d’aller faire le piquet au coin, le beau David a été désigné comme le responsable de la non-qualification des Bleus au mondial 94 alors même que les tensions entre joueurs parisiens et marseillais avaient rendu le vestiaire tricolore aussi malsain qu’un « Jacquie et Michel » en couple. Vilipendé par tout un peuple Ginola mettra les voiles de l’autre côté de la Manche où Rosbeefs et Rosbeefettes n’auront d’yeux que pour lui. En bon bouc-émissaire, il s’abstiendra, quatre ans plus tard, de revendiquer la paternité d’une génération dorée à laquelle le fiasco du Parc des Princes aura ouvert les portes. Il en ira de même en 2010 à Knysna où le poète Nicolas Anelka sera brocardé par une FFF qui n’en demandait pas tant à son sale gamin (et à L’Equipe). Aucune remise en question du côté de la fédé, le natif de Trappes et tous ces « caïds » qui gardent la bouche fermée durant l’hymne ont coulé notre douce sélection coachée par un coach compétent et gaspillé les milliers d’euros judicieusement dépensés dans un 5 étoiles. Qu’il ne soit que vulgaire pour certains ou carrément stupide pour d’autres, Nico n’en restait pas moins qu’un élément d’une sélection qui n’aurait fait que masquer des maux profonds en ne se faisant sortir en quarts. On aime ou on déteste mais Anelka sent le bouc à plein nez! De boucs émissaires, le football en regorge et l’on ne peut lutter contre. Cependant, une question reste en suspens:  les joueurs de l’OM ont-ils arrêté de s’insulter depuis que Baup s’est fait lourder? Le bouc lui va si bien.

 

Quentin Müller et Mathias Mondson.

 

 

 

 

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A propos de l'auteur


Rédacteur en chef d'Onlyfootball.fr. Numéro 8 bourrin, amateur de belles sacoches et accessoirement de petites brunettes bretonnes aux yeux marrons.



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