ZOOM Switzerland's national soccer team player Behrami throws a shirt during a training session in Vanderbijlpark

Publié le 13 10 2013 | par Quentin Müller

Une Suisse Balkanique

Hier soir, lors d’un match tendu contre l’Albanie, la Suisse validait son ticket pour le mondial Brésilien. Une perf qui fut loin d’être évidente au départ. Car avec l’Islande, la Norvège, la Slovénie dans leur groupe, il n’était pas dit qu’Ottmar Hitzfeld et ses petits Suisses sortent indemne du groupe E. Pourtant, la chose fut faite sans le moindre heurt. Comme la majorité de ses voisins Européens, le pays du chocolat et des paradis fiscaux a su réinventer sa sélection au gré d’une immigration à l’accent Balkanique. L’immense ethnocentrisme et le rejet évident de l’immigrant en Suisse semble ne point altérer l’équilibre de l’équipe nationale. Métissé par plusieurs vagues d’immigration, le jeu Suisse n’a plus rien à voir avec celui du passé. Une aubaine pour un pays au territoire riquiqui et au pedigree foot proche du néant.

 

Suisse-Albanie. A première vue l’affiche a tout de banal et rien de bandant. Mais pour la moitié de l’effectif Helvète, la rencontre n’avait rien d’un match ordinaire. En fait, c’est comme si l’Allemagne rencontrait le Ghana avec les deux frères Boateng l’un contre l’autre. La Suisse de Granit Xhaka [le chouchou de notre rubrique Au calme né à Bâle ndlr] se déplaçait chez l’Albanie de son reuf, Taulant Xhaka [né à Pristina ndlr]. Le plus talentueux a choisi la Suisse, son frère aîné lui a préféré l’Albanie, ses racines. Car comme beaucoup de Suisses, la famille Xhaka a fui la guerre et la misère des Balkans pour trouver un havre de paix et de stabilité au pays des vaches Milka. Pour le premier, l’ambiance à Tirana fut tout sauf accueillante alors que pour le second, le public Albanais ne cessa de l’ovationner pendant les 90 minutes de jeu. Un sentiment étrange partagé par presque la moitié de l’effectif Suisse. Car comme les frères Xhaka, les Shaqiri, Behrami (Kosovo) Seferovic, Gavranović (Bosnie), Lang (Albanie), Džemaili et Kasami (Macédoine), ont pour origine les Balkans. Théâtres de guerres, de trafics en tous genres, les Balkans restent l’une des régions, si ce n’est la région la plus pauvre d’Europe.

 

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Xhaka, Shaqiri et Berhami, le symbole d’une Suisse terre d’asile

Quand laYougoslavie redistribue les cartes

L’éclatement de la Yougoslavie au début des années 90′ provoqua un gigantesque exode de familles entières de Kosovars, Albanais, Bosniens ou Slovènes. En Suisse, on les appelle les « Yougos. » Ces marrées d’immigrants qui ont choisi l’avenir et ont tout perdu, tout quitté pour donner une toute autre destinée à leurs enfants. Beaucoup de ces jeunes fils d’immigrés se sont tournés vers le football, se déscolarisant souvent très tôt pour se donner corps et âme dans le ballon rond. « Ces gens-là ont vécu la guerre, et son arrivés en Suisse avec rien [...] Leurs familles ont pris le risque de laisser tomber les études, ce qui, en Suisse, ne se fait pas », rapporte l’ancien responsable des sélections jeunes Helvètes. « Ces joueurs des Balkans ont apporté ce qui nous manquait avant, autrement dit un esprit guerrier. » Mais pour beaucoup, le choix de la sélection fut un arrache cœur. « Je suis fier de jouer pour la Suisse, mais jamais je n’oublierai mes racines tempère Shaqiri, la puce trapue du Bayern. Je suis né au Kosovo, mes parents aussi, et mon nom ne sonne pas vraiment Suisse. » Un détail qui fait de plus en plus défaut dans la société Suisse où le racisme et le communautarisme sont toujours plus grandissants. « Oui. Je dirais que le racisme est profond en Suisse. C’est un phénomène quotidien et structurel. La Suisse est pourtant un pays qui a su se construire sur la diversité culturelle, qui l’a réussie. » L’immigration réussit en tout cas au football Suisse qui compte pas moins de 61 % de joueurs aux racines extraterritoriales, contre 22.8 % pour la population Helvète métissée par 270 000 Albanophones. Cette communauté est au passage devenue la plus importante juste derrière les Italiens. Au pays, on les appelle les « secundos. » Autrefois symbolisé par les Italiens Barnetta et Benaglio, les Espagnols Senderos et Rodriguez, ou par les Turcs Inler et Derdiyok, l’afflux de nouvelles forces a grandement varié le jeu de la Nati. « On était un peu trop tactiques, et la créativité avait disparu », souligne Chalandes le coach des Young Boys.  Sans rentrer dans les stéréotypes, les secundos ont apporté un poil de folie et de percussion a une sélection qui en avait le plus grand besoin. « Leur technicité naturelle a changé de nature notre football. Ce talent, allié à la discipline suisse, a donné un mélange qui porte ses fruits. » 

 

Ottmar-Hitzfeld

Ottmar montre le bon exemple

Une sélection métissée et saine

Et pourtant (bien) intégrer tout se monde là n’était pas une partie de plaisir. Chacun d’eux possèdent en effet des histoires bien différentes et le plus souvent douloureuses. « La Suisse m’a donné un avenir que je n’aurais jamais eu en restant là-bas. Je lui dois tout », admet sans rechigner Berhami, le premier joueur d’origine Kosovar à intégrer l’équipe nationale. Lui, ce Suisse né à Mitrovica, ville du Kosovo anéantie par le conflit Serbo-Albanais. D’autres sont plus partagés. « Mes racines sont toujours une partie de moi, que je ne peux et veux pas couper », précise lui Granit Xhaka qui pense être Suisse à 80 % et Kosovar à 20 %. Alors bien sûr, quand cette Suisse à l’accent Albanais se déplace à Tirana afin d’y composter son billet pour le Brésil, le pincement au cœur est inévitable. Victorieux 2-1 contre l’Albanie sur des buts de Shaqiri et de l’Albanais d’origine, Michael Lang, pas mal d’internationaux ont forcément vécu une drôle de rencontre. Pareil pour les déplacements en Slovénie, mais pour une toute autre raison. Accusés de piller les richesses de la Slovénie, les Kosovars se sont longtemps frittés avec les Slovènes lors de la guerre des Balkans. C’est donc avec une équipe nationale multiculturelle que la Suisse d’Ottmar Hitzfeld a sillonné l’Est de l’Europe lors de ces éliminatoires. L’ancien coach du Bayern, a la tête de la sélection depuis 2008, a vu défiler ces « nouveaux Suisses. » Il les a intégrés avec tact et rigueur pour « éviter les clans » selon Berhami. Même si la création d’une future sélection Kosovare reconnue par la FIFA privera sans doute quelques pépites extraterritoriales à l’équipe nationale Suisse, l’émigration venue des Balkans reste totalement reconnaissante envers son pays hôte.

 

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Berhami, un grand frère et porte étendard de l’immigration Kosovare

Un néo-apartheid inquiétant

Pourtant, depuis quelques années, il est de plus en plus complexe voire impossible d’obtenir des demandes d’asiles. Berhami a lui du attendre 5 années après son arrivée pour rendre licite sa présence sur le territoire Suisse. Le gouvernement a durci, en septembre dernier, sa loi sur l’asile. Ses opposants n’hésitent pas à qualifier de racisme d’Etat le vote du gouvernement. « Je ne parlerais pas quant à moi d’une loi ouvertement raciste. Mais elle a une forte connotation raciste », livre Doudou Diène, le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme. Pire, dans l’Ouest de la Suisse, les demandeurs d’asiles son carrément affichés et discriminés. La presse étrangère parle d’un apartheid à échelle locale. L’accès à des nombreuses infrastructures publiques est interdit aux demandeurs d’asiles. On compte 32 zones dites trop « sensibles » pour accueillir ces demandeurs d’asiles affichés comme de vulgaires fouteurs de troubles. Ainsi, au faciès, au nom, on discrimine de manière arbitraire et hors-la loi une frange de la population sensée être totalement intégrée à l’espace public selon la convention Suisse. C’est alors que des préaux d’écoles, des installations sportives, des piscines municipales y compris des églises, sont interdites aux étrangers au noms trop Balkaniques. Heureusement, la police n’est pas autorisée à faire valoir cet immense scandale politique. Pas sûr qu’il y ait du monde aux Balkans en Suisse dorénavant…

 

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Lorik reconnaissant

Lorik Cana, un Suisse qui a préféré l’Albanie

Comme les rares cas Petric, Rakitic [finalement internationaux Croates ndlr] ou Kuzmanovic [finalement international Serbe ndlr], Lorik Cana a finalement préféré son pays d’origine à son pays hôte. Car, en 1989, peu avant la guerre des Balkans, la famille Cana a fui l’Albanie pour rejoindre le canton de Vaud, en Lausanne. Le petit Lorik y a vécu 10 ans, y a tapés ses premiers ballons, y a taclés ses premiers potes et y a dragués ses premières nanas. De 6 à 16 ans, Cana a vécu en Suisse avant de filer au centre de formation du PSG. « Je sais d’où je viens », tient à expliquer le capitaine de l’Albanie, « Mon parcours en tant que personne et joueur est lié à la Suisse. Je n’oublierai jamais Lausanne ! J’y vais 2 fois par année [...] C’est la Suisse qui m’a offert les conditions pour devenir un bon joueur. » En marge de la rencontre perdue par l’Albanie, Cana avait exprimé toute sa sympathie envers le pays qui le lança au plus haut niveau sans forcément exprimer le moindre remords à l’encontre de ses compatriotes, adversaires d’un soir par le maillot. « [...] J’ai simplement envie de lui dire (au peuple suisse) que ce sera surtout une fête entre deux pays qui sont amis. Pendant le match, il y aura beaucoup de rivalité, mais c’est normal. Je pense que tout se passera très correctement. Nous l’avons vu lors du match aller à Lucerne (succès 2-0 de la Suisse). L’état d’esprit était extraordinaire. Les gens étaient mélangés. Vous savez, nous sommes des personnes très terre à terre. Nous savons ce que notre pays doit à la Suisse. La Suisse a permis à bon nombre de nos compatriotes de pouvoir travailler [...] Je ne souhaite pas faire de polémique à propos des joueurs qui ont choisi le maillot de l’équipe de Suisse. Je connais Xhaka depuis très longtemps. C’est quelqu’un de très bien. Behrami et Dzemaili, je les fréquente dans le championnat italien. On est très envieux car ce sont tous de très bons joueurs qui ont atteint un niveau international. » Avant de terminer par : « On soutiendra la Suisse au Brésil. »

 

Quentin Müller.

Crédit Photo : Zimbio.com

Crédit Interview : FF + RTS Sport.


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A propos de l'auteur


Rédacteur en chef d'Onlyfootball.fr. Numéro 8 bourrin, amateur de belles sacoches et accessoirement de petites brunettes bretonnes aux yeux marrons.



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