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Publié le 18 07 2013 | par Quentin Müller

J.N’Doram : « Nantes n’avait rien à faire en Ligue 2 »

Symbole d’un patrimoine, d’une époque, d’un football, d’un jeu, Japhet N’Doram a aujourd’hui 47 piges et la bedaine qui va avec. Le Tchadien se porte bien. A Nantes il est une idole qu’on idolâtre discrètement. Alors que la ville va retrouver l’élite et que la nostalgie du jeu « à la Nantaise » résonne encore dans toutes les têtes, l’ancien fin goleador des Canaris a accepté de répondre à nos questions. Au programme, forcément son ancien club, son expérience ratée au bled et une partie cuisine Tchadienne. La base (chez nous). 

 

+ La fiche de Japhet N’Doram
Japhet N’Doram

Né le 27 février 1966 à N’Djamena (Tchad)

International Tchadien (20 caps-2 buts)

Clubs

1985 – 1989  Tourbillon de Ndjamena

1989-1990 Tonnerre Yaoundé : (32 matchs-18 buts)

1990-1997 FC Nantes : (202 matchs-72 buts)

1997-1998 AS Monaco : (13 matchs-1 but)

Palmarès

1987 : Champion du Tchad Coupe du Tchad 1988-1987-1989 : Coupe du Cameroun (Tonnerre Yaoundé) 1995 : Champion de France (FC Nantes) 1997 : Trophée des Champions (AS Monaco)

 

 

Tu as déclaré il y a peu mal vivre la descente aux enfers de Nantes. Heureux et optimiste du retour de Nantes en L1 ?

Oui, dans la mesure où Nantes n’avait rien à faire en Ligue 2. Il y a un outil de travail ici formidable. Même si ici des gens ont investi maladroitement, Nantes possède cet outil inestimable qu’est le dynamisme de la ville. Elle est très attractive. Puis Nantes n’a pas été 8 fois champion de France pour rien. En Ligue 2, c’était l’un des seuls stades qui attirait des dizaines de millier de supporters. Il y a quelque chose ici. Seul le climat fait défaut. Mais à part ça…

 

 

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La dream team du FC Nantes… Celle qui fit trembler une Juve dopée

 

Qu’est-ce qui a cloché à ton avis ?

Je pense que le titre en 2001 était déjà un miracle. L’effectif, décimé, comme à son habitude à chaque mercato, n’était pas le plus impressionnant et le plus méritant de L1 cette saison là. Les gens qui géraient l’équipe à l’époque croyaient que l’effectif était de même qualité qu’au milieu des années 90 [épatant champion en 1995 avec 10 points d'avance que l'OL ndlr]. Nous, à cette époque, nous avions beaucoup plus d’internationaux. Patrice Loko, Christian Karembeu, Claude Makelele, Nicolas Ouédec et Reynald Pedros, J.M.Ferri ont tous été internationaux alors que lors du titre en 2001, on ne comptait pas beaucoup d’internationaux Français. Seuls Landreau et Carrière ont joué avec les Bleus [157 caps cumulés avec les internationaux tricolores Nantais du titre de 1995 contre seulement seulement 21, des joueurs Nantais internationaux du titre de 2001 ndlr]. Heureusement qu’il y a avait à l’époque Raynald Denoueix sinon ce titre ils ne l’auraient jamais obtenu.

 

« Le mal ne datait pas du début des années 2000 mais de la fin des années 90. »

 

En 97 déjà Jean-Claude Suaudeau, l’un des meilleurs coachs de l’histoire du FC Nantes, fait ses valises. Chaque année il se battait pour maintenir l’équipe au niveau malgré les départs de tous ses meilleurs éléments. Moi je suis parti à même époque car le club manquait grandement d’ambition. Karembeu, Loko étaient déjà partis. Tout comme Ouédec et Pedros. Makelele est parti en même temps que moi. Puis l’année d’après c’était au tour de J.M.Ferri. Je me souviens très bien. Le coach me lance après lui avoir fait savoir mes intentions : « Toi aussi ? » Mais il m’a compris. Je voulais des titres moi. Monaco venait d’être champion donc ça faisait réfléchir. Mais ça n’avait pas manqué car seulement 2 mois après moi, le coach, « Coco », jetait aussi l’éponge suite aux départs.

 

Tu crois qu’il y avait une forme de lassitude ?

Oui, c’est ça. Je pense qu’il en avait assez de reconstruite sans arrêt.

 

Après il y a eu Raynald Denoueix…

Oui, et son départ [en 2001 ndlr] a été une grave erreur interne. Je suis allé voir Raynald pour qu’il revienne aux commandes mais il me fit savoir qu’il reviendrait seulement pour travailler avec moi. Puis la mentalité de la nouvelle génération semblait avoir changé. Loïc Amisse [coach Nantais de 2003 à 2004] a vécu un véritable sabotage venu de l’intérieur. Des joueurs… (il se reprend) de jeunes joueurs ont voulu prendre la direction du club pour eux. Parce qu’ils étaient jeunes et précieux. Des joueurs sont allés voir le président et lui ont demandé de virer Amisse… C’était ça ou ils partaient.

 

Tu as le sentiment que « le jeu à la Nantaise » est mort car obsolète ou à cause d’un changement d’état d’esprit ?

Je pense qu’il a disparu car, sur le long terme, chacun a voulu jouer sa carte personnelle. En fait, le jeu à la Nantaise doit commencer dès les benjamins. Il faut qu’à partir de là, tous doivent être branchés sur la même fréquence. Il faut qu’il y ait une même logique. Les éducateurs des jeunes Nantais doivent le comprendre.

 

Il y a pourtant un retour au premier plan de la Jonelière [champion de France avec sa CFA2 et quart de finale de la Coupe Gambardella cette année ndlr].

Oui, depuis deux ans maintenant. Car les gens à la tête du club ont eu la présence d’esprit de rappeler les anciens pour encadrer la formation. Aujourd’hui, Amisse et Philippe Mao encadrent l’équipe des jeunes. Ce n’est donc tout sauf un hasard si les jeunes Nantais se montrent davantage. Je connais bien évidemment ces gens là, le père de Philippe m’a d’ailleurs connu au Tchad.

 

En parlant du Tchad, tu y retournes souvent ?

Oui bien sûr. J’ai une maison là-bas. Tous les matins, ce sont d’ailleurs les avions de guerre Français qui m’empêchent de dormir.

 

Tu sais toi ce qu’ils font là ?

Il y a de nombreuses bases militaires Françaises au Tchad. C’est un point géostratégique. Un point clé, proche du Soudan, un pays instable.

 

Tu n’as jamais pensé reprendre en main la sélection Tchadienne ?

Non, dans l’état actuel des choses, c’est hors de question. J’ai refusé quand j’ai vu comment fonctionnait l’équipe. Je leur ai même dit qu’avec ces méthodes de travail, il ne gagnerait rien. Par contre, j’ai accepté de coacher les jeunes. J’ai passé deux années au Tchad pour créer une structure formatrice. Je mettais en place un Clairefontaine Tchadien. Mais les gens là-bas ne m’ont pas pris en considération.

 

 

« Cela a duré deux ans mais je n’ai jamais pu mettre le système en place car je dérangeais leur mafia, leur business… »

 

Un peu comme Weah le fait pour le Libéria, tu n’as jamais tenté de t’immiscer dans la politique de ton pays ?

La politique en Afrique… waouh ! On me l’a demandé mais je pense que c’est très prématuré… (long silence). Je ne connais rien en politique. Je ne vais pas utiliser mon nom pour faire de la politique. Puis le Tchad est un pays très divisé et du coup compliqué à fédérer. Les conflits entre chrétiens et musulmans [ils représentent 65 % de la population contre 32 % pour les chrétiens] sont bien trop complexes. Et puis je n’ai pas d’ambitions politiques et je fais déjà de la politique quand je viens au pays pour faire de la formation. Les gamins, quand j’étais là-bas, m’appelaient et jouaient ensemble, qu’ils soient du nord ou du sud. C’est ça aussi le foot.

 

« En Afrique, de toute manière, pour faire de la politique, il faut mentir et couper des têtes. Je préfère être anonyme et pauvre plutôt que de faire de la politique de ce genre. »

 

Comme à notre habitude, sur le site, quand un type vient de loin comme toi, on lui demande à coup sûr quel est la spécialité culinaire locale de son pays d’origine.

C’est en fonction des régions car comme je t’ai dit il y a de grosses disparités en fonction des religions et donc de la géographie du Tchad. Mais, en général, au Tchad, on mange le Gombo. C’est une galette de semoule, de riz ou de maïs qu’on marie avec une sauce épicée.

 

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Puissant, technique, fin, et solide sur ses appuis, Japhet était surnommé  »Sorcier de la Beaujoire »

Sinon ton plus beau souvenir foot c’est ton but contre la Juve [Cette année là la Juve remporta la LDC mais sera révélée dopée à l'EPO bien plus tard ndlr] en demi-finale de Ligue des Champions ou ton penalty contre Lille pour le 2000e but de la Ligue 1 ?

Non, puisque contre Turin on perd sur les scores cumulés [Nantes avait perdu 2-0 à l'aller, à Turin et l'emporta 3-2 à domicile. Un score insuffisant pour accéder à la finale ndlr]. Mon plus beau souvenir restera celui d’un but contre le PSG l’année du titre. C’était dans les 16 mètres. A l’instinct pur je pique un lob qui rentre dedans. C’est mon plus beau but je crois. Ce jour là on avait gagné 3-0 au Parc et j’avais marqué un doublé. Depuis ce moment là, je suis convaincu que pour être un grand joueur, il faut de l’instinct.

 

Propos recueillis par Q.Müller.

Crédit Photo : Eurosport.fr


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A propos de l'auteur


Rédacteur en chef d'Onlyfootball.fr. Numéro 8 bourrin, amateur de belles sacoches et accessoirement de petites brunettes bretonnes aux yeux marrons.



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